Terre d'ébène - Présentation

Modifié par Lucieniobey

Terre d'ébène a été publié en 1929. Ce livre reprend les articles d'Albert Londres initialement publiés en épisodes dans Le Petit Parisien sous le titre Quatre mois parmi nos Noirs d’Afrique du 11 octobre au 11 novembre 1928. Ils correspondent au voyage du journaliste en Afrique-Occidentale française (AOF). L'AOF était une fédération de huit colonies françaises d'Afrique de l'Ouest : elle comprenait le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée, le Soudan français (actuel Mali), la Côte d’Ivoire, la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), le Togo, le Niger et le Dahomey (actuel Bénin).

Quand Albert Londres décide de partir en Afrique, le journaliste engagé est connu pour son travail d'investigation et son souci de justice sociale. Il a déjà écrit sur le sort des bagnards à Cayenne, sur le traitement des fous dans les asiles français ou encore sur la traite des blanches en Argentine. S'il part en Afrique, c'est parce qu'un jour, une dépêche lui donne l'envie d'y mener une enquête sur les colonies : il apprend qu'en Sierra Leone, les Anglais viennent de libérer près de 230 000 captifs. Albert Londres comprend alors qu'il y aurait encore des captifs dans les colonies alors que la traite des esclaves noirs est légalement interdite. Après un long voyage en Afrique, l'écrivain André Gide vient d'ailleurs de publier deux récits de voyage dénonçant les injustices et les abus commis à l'encontre des populations locales : Voyage au Congo (1927) et Retour du Tchad (1928). Il écrit par exemple : « Il est grand temps de se ressaisir, de mettre fin à un régime qui n’est pas seulement stupide et déplorablement onéreux, mais inhumain et déshonorant pour la France. »

Albert Londres suit les pas d’André Gide et part donc pour un voyage de quatre mois en Afrique avec, à ses côtés, le peintre Georges Rouquayrol qui illustrera les articles du journaliste de ses croquis. Dans ses bagages, il emmène un phonographe offert par son ami, le journaliste Henri Béraud. Il sait qu'il part à l'aventure : Sénégal, Guinée, Soudan, Haute-Volta, Côte d’Ivoire, Togo, Dahomey, Gabon, Congo… Chaque étape du voyage lui offre des rencontres diverses qui lui donnent matière à écrire : un chercheur d'or, le roi de nuit le Zounan, ou encore Tartass le coiffeur à pédales... Dès son arrivée à Dakar, il se met à tout observer, il découvre un pays, une chaleur et surtout un peuple qu'il ne connaît pas. Il se montre, par exemple, très ému par la pudeur des Africains aux pieds nus qui parcourent des kilomètres à pied sans mot dire. Au fil du voyage, l'enquête menée par Albert Londres dépasse rapidement le thème de la traite de captifs car le journaliste, scandalisé, découvre un système colonial qui tue la population locale dans la plus grande indifférence. Le biographe d'Albert Londres, Pierre Assouline, écrit à ce sujet : il « clou[e] au pilori un colonialisme assoupi, sans envergure, qui massacre ses indigènes par inadvertance », il « n’a pas de mots assez durs pour dénoncer le plus absurde de tous les gaspillages : celui des vies humaines ». Albert Londres, en écrivant ses articles, cherche à faire sortir ses compatriotes de l’état d’ignorance et d’indifférence dans lequel ils se trouvent pour s'intéresser au sort des travailleurs indigènes. 

Ses articles qui ont paru dans Le Petit Parisien font grand bruit et sont très mal accueillis. Les journaux sous l'influence des militaires et des coloniaux s'attaquent avec virulence à Albert Londres qu'ils calomnient : c'est un traitre antipatriotique. Dans La Gazette coloniale, Georges Barthélemy, président de la Fédération nationale des anciens coloniaux, choisit comme titre de son article : « Albert Londres a menti. » Ces violentes charges n'ébranlent pas Albert Londres : Terre d'ébène paraît en mars 1929 avec un avant-propos dans lequel il explique son projet et sa démarche journalistiques. Cette parution suscite un vif débat dans la presse entre les contempteurs et les défenseurs d'Albert Londres. Ce dernier a réussi à attirer l'attention du public français sur les injustices coloniales en Afrique. Terre d'ébène a contribué à sensibiliser l'opinion publique française sur les réalités de la colonisation et particulièrement les conditions de vie des travailleurs africains. Lorsque des députés, à la Chambre, interpellent le ministre sur la politique coloniale, Albert Londres est cité au même titre que l'écrivain André Gide. Terre d'ébène l'a rendu célèbre. 

Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.fr
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